Somptuosité
de la matière, richesse de la couleur, c'est comme une explosion pleine
de violence, parfois d'agressivité, qui tout à coup s'approche d'un
repos heureux, confiant, où la tendresse subtile des roses vient jouer
avec les bleus doux. Il faut aimer le concret, une réalité dense
qui s'attarde, se construit peu à peu, s'étale, ou bien, vertigineusement,
s'empare du sujet, s'ébroue, conquiert, grossit ou grandit, pour savourer
ces "hautes pâtes", riches en épaisseurs colorées,
à l'opposé de la gratuité, qui font la personnalité
rigoureuse, et pourtant chaleureuse, de l'oeuvre de Goulet. Ce mouvement du pinceau
qui modèle la pâte, vient la corriger pour, d'un geste qu'on croirait
impulsif - et qui est très concerté - s'emparer du sujet, de la
surface de la toile et provoquer cette rencontre heureuse du faire et du sentir,
de la matière et de la structure dans une alchimie qui demeure la grande
joie du peintre - et son drame quelquefois - qui dispense au spectateur attentif,
patient, scrupuleux, la récompense de suivre la peinture. Ne nous abreuvons
pas seulement de la stridence de certaines touches colorées, mais goûtons
aussi la saveur des violines, des verdâtres, des gris et des beiges qui
nimbent le monde vivant de la toile. |